Réponse du jeune homme

17 mai 2011

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Réponse du jeune homme

Madame, permettez, humblement que je puisse
Ébranler la vertu de votre identité :
Jupiter magnanime aurait pu de sa cuisse
Tout au plus retirer vos monts de vanité
Tant les faibles espoirs que vos pleurs réussissent
A vous faire Vénus, drapée de dignité,
Se noyaient sans appel dans vos sombres rivières,
Où vous lâchiez sans honte un long flot de vipères.

J’ai ouïe dire « l’Amour, en temps appropriés,
Sait révolutionner l’homme le plus volage »
Et porter dans son coeur par les plus doux voilages
Un céleste transport qu’on n’oserait prier!
Moi je trouve insultant de fonder sur mon âge
Des errements d’idées qui voudraient mettre en cage
A coups de jugements l’ardeur dont vous riiez!
Non! L’alcôve ethérée n’est pas votre apanage
Sous couvert qu’un beau jour vous vous soyez mariée!
Au contraire, je lis sur l’encre de vos pages
Tout le poids de l’aigreur née d’un songe avarié…

Rêvez donc à ce champs qui pour vous m’est si cher,
Ainsi qu’à vos fruits d’or dont je serais friand :
Examinez leur robe et voyez leur brillant!
Cachent-ils dans l’éclat des années de jachère?
Ont-ils dans leur parfum l’expression surannée
D’époques révolues où l’on goûtait leur chair?

Je crois que le printemps qui aimait pavaner
A l’ombre du zénith vous offrant quelques grâces
Reprendra dans ses nuits les faveurs du Parnasse
Si sur l’arbre je vois votre fleur se faner.

Mais il ne tient qu’à vous de ne pas dépérir
En laissant s’assécher vos terres d’émotions :
Je voulais simplement, jardinier conquérir
Votre être en l’arrosant de ma dévotion…
Aujourd’hui acceptez que je puisse guérir
Vos manques d’affection d’un trait de ma potion :
Buvez donc lentement ce précieux élixir,
Il est pour votre vie sa plus forte caution!

Les amants incandescents

7 octobre 2010

Les amants incandescents

Maintes fois sur le feu nous avons attisé
Nos désirs les plus fous en amants inconscients
Et nos corps consumant nos vies électrisées
Brûlaient sur le bûcher d’un chaud ciel peint de cyan.

Nous nous délections des flammes d’un enfer
Que nous portions aux nues tel un fier paradis;
Pareils à des guerriers nous croisions le fer
Avec nos chairs durcies par ce doux incendie.

Nos regards crépitaient de passions dévorantes
Prenant de chaque instant des clichés mémorables,
Nos veines traversées par une lave ardente
Rythmaient chaque bouffées de nos danses de Diable.

L’impétueuse fièvre affurait nos raisons
De cuisantes visions des ribotes antiques
Et l’Echo, caressé par le chant des liaisons
Se souviendrait longtemps de nos pouls frénétiques.

Comme un volcan vivace entrant en éruption
D’épais et sulfureux nuages de nos sels
Se formaient au dessus de nos peaux en fusion
Contrastant le magma qui glissait sur nos ailes.

Comment ne pas se perdre en ces instants violents
Où la raison alors cède le pas aux sens
Où le coeur martelé de flots ensorcelants
S’abandonne absolu sur l’autel des jouissances!

La guerrière

30 juillet 2009

La guerrière

Le regard terrifiant de haine, elle avançait,
Glaciale guerrière à l’armure légère :
Sur sa peau la douceur trahissait mensongère
Les effusions de sang qui tâchaient son corset.

Arborant sans éclat son oriflamme noire
En serpentant les champs se rappelait à elle
Chaque jour le tribut de ce soir où pucelle
Un démon remporta sa plus sombre victoire.

En elle il instilla la rage d’une meute
Et sans cesse aux aguets elle attendait ses proies;
Ôtant souvent la vie sans l’once d’un effroi :
La mort était pour elle un odieux thérapeute.

Son cœur en suspension ne connaissant l’été,
Logé dans une abysse effrayante et profonde,
En subissant les coups d’une vie vagabonde
Gardait le goût amer de bonheurs mutilés.

Lassée par tant d’horreurs, terrifiée par son ombre,
Un matin d’hiver froid où le vent la cinglait
Son esprit décida, ainsi, de s’étrangler
D’une corde de fer dans une auberge sombre…

Impossible de fuir les spectres du passé,
Ils étaient contraignants comme la faim du jour
Et la faucheuse avait pour elle tant d’amour
Qu’elle voulu séant la faire trépasser !

Néfertiti

30 janvier 2009

Néfertiti

Glissant le long du nil, sondant le cœur des hommes
Qui de l’Egypte avaient forgé tout son panache,
Au milieu des tortues j’oubliais mes attaches
En valsant lentement loin des pandémoniums.

Exposée au soleil de mille et une envies,
Se baladant, gracieuse au hasard des roseaux
Je vis Néfertiti, libre comme un oiseau :
Ce fut le premier jour du reste de ma vie.

Une rose accrochée aux cheveux couleur miel,
Un pantalon de toile issu des cotonniers
J’aurais pu pour ses yeux me rendre prisonnier :
Elle était à la fois douce et providentielle.

Accompagnée d’un singe aux allures de poupée,
Toujours attentionnée, partout il la suivait,
Guidé par son regard valeureux ils bravaient
Ensemble les dangers d’un divin chaloupé.

J’ai rêvé cette reine, aventurière alerte,
Gardienne de trésors de l’âme et de la chair,
Traversant avec moi les terres et les airs
D’Afrique en Amérique au gré de découvertes…

Avarice

22 juin 2008

Avarice

Il était un village où, sous un toit brillant,
Rongé d’une avarice aussi laide qu’infâme
Un homme vivait bien, sans chérubin , ni femme
Et gaspillait son temps à paraître éclatant.

Qu’il eut été en or, en bronze ou en argent
L’objet dans sa lumière avait plus d’importance
Que l’Amour du prochain, sans grande consistance.
Ainsi allait sa vie : il méprisait les gens.

Cependant une nuit changea ses habitudes :
Le sort lui réserva quelques vicissitudes…

De remords il fut pris, lorsque grand égoïste
A sa table, tout seul, sans honte il festoyait,
Alors que de sa vitre au dehors il scrutait
Un homme famélique appeler d’un air triste.

Il se dit je vais donc proposer la pitance
A ce vieillard hideux aux allures de squelette.
Il entre-ouvra la porte empli de repentance
Et tendit brusquement à ce pauvre une assiette.

«- Je préfère mourir de faim ou de fatigue,
Plutôt que d’accepter vos élans de pitié :
Souvenez-vous des soirs où vous meniez l’intrigue
Plutôt que de sauver vos restes d’amitiés ! »

Les mots de ce vieux sage étaient d’une violence
Étonnammentpuissante, emplis de vérité:
Notre homme resta coi, figé de gravité,
Se demandant alors la fin de l’opulence.

Des deux hommes ce soir, quel était le plus digne ?
Lequel avait compris le sens de la richesse ?
Le premier sans échoir se rêvait en altesse
Tandis que le second irradiait tel un cygne.

Le paraître parfois floute nos jugements
Orientant nos desseins sans vivre fièrement.

Voyage éphémère

22 juin 2008

Voyage éphémère

La nuit venait s’épaississant
Donner conseil à ma maîtresse :
« Pourquoi couper tes longues tresses ?
Tu reverras les joies d’antan !

Si les vallées de la Toscane
N’abritent plus tes jolis rêves,
Les souvenirs de tes nuits brèves
Restent sculptés  sous les arcanes ;

Et les statues qui prenaient vie
Aux formes suaves des catins,
Dans le théâtre florentin
Dansent encor’ sous les parvis !

Ce sont les marches en légions
Au garde à vous qui te présentent,
Déraisonnables par leur pente,
Tout cet amour de la région.

Je t’en prie donc jeune française,
Ne gâche pas tes apparats,
Et viens trouver aux creux des bras
De ton amant son cœur de braise !»

C’est de ce songe inhabituel
Et par cet adjuvant nocturne,
Que les cheveux, aux couleurs diurnes,
Purent garder leur roux sensuel…

Nuit Noire

6 juin 2008

Nuit noire

Quand vient la nuit glaciale aux trousseaux ténébreux,
Que soudain dans le ciel une armée d’éclairs tonnent
Et que mille tombeaux à la trompette entonnent
La complainte infernale, arpège malheureux :
Satan se réjouit du théâtre scabreux.

Quand tous les mort-vivants à la lune blafarde
Forment des légions pour aller à la guerre,
C’est sous les étendards, brandissant les bombardes,
Que ces odieux pantins offensent le Saint-père
De leur soufre, inondant les plaines d’un enfer.

Macabre destinée des pauvres innocents,
Qui lorsque de sa faux, la mort les choisira,
Périront lentement sous des voiles de sang :
Le choléra, la peste et des milliers de rats
Auront bientôt raison de ces lieux malséants !

L’aurore aux tons bleutés peine à se proclamer :
C’est le fleuve sanguin ruisselant de chaos
Aux pieds des assassins, qui devra réclamer
Un asile céleste où les montagnes d’os
N’auront qu’à revêtir un esprit pour aimer…