Noël
Noël
Les archers, dans la nuit, font valser langoureux
Vos esprits en mon cœur et je vois au dehors
Des paillettes glacées parées de reflets d’or
Voltiger dans les airs en ballets vigoureux.
Je ferme alors les yeux et Chopin au piano
Elégant fantaisiste illumine les lieux
M’offrant votre chaleur et l’on ne pourrait mieux
Sentir votre présence au bout de ces canaux
Qu’il ouvre dans mon âme en accords harmonieux.
En ronde nous dansons sur un lac enneigé,
Les cygnes dans leur grâce accueillent notre fête
Et posent, distingués, de grands loups sur nos têtes ;
Leur souffle nous indique au loin la mer Egée :
Pourrions-nous voyager jusqu’aux trésors de Crête ?
Ou bien tout simplement à l’abri des dangers
Rire et puis partager dans nos grandes assiettes
Tous les succulents mets dont on ne laisse miette ?
La lune n’oserait pour rien nous déranger !
Jouissons du feu ardent qui consume nos chairs
En ce jour de Noël hors du temps citadin :
La ferveur des pensées, celle des paladins,
Anime notre joie de mille et un éclairs !
Vous m’accompagnez tous, pareils aux astres clairs
Et je sens votre Amour, aussi doux que le daim,
Répandre puissamment ses bienfaits dans mon air.
La valse des aimants
La valse des aimants
C’est la valse des aimants
Ils s’attirent, se déchirent,
S’entrechoquent et se bloquent
C’est la valse des aimants
Point de mire, cris de lyres
Tout n’est plus qu’équivoque.
C’est la valse des aimants
Tourbillons de délires
D’intrigues aux airs baroques.
C’est la valse des aimants
Manœuvres de fakir
Nos peaux deviennent loques.
C’est la valse des aimants
Les pas entrainent, font fuir
L’eau rentre par la coque
C’est la valse des aimants
La musique va mourir
Aux pieds d’une autre époque
Le plaisir nu
Le plaisir nu
Une fois oublions nos quotidiens décors
Pour enfin lâcher prise et dans les errements
Penser aux lendemains qui chantent fièrement
La vie qui nous exalte et fait vibrer nos corps
Lisons main dans la main cet horizon brûlant
Où le soleil, discret, se camoufle en chandelle
Où les nuages blancs, bel écrin de dentelles
Accueillent nos plaisirs en heureux confidents.
Sans pudeur, livrons nous aux jeux les plus intimes,
Chavirons dans la chair avilissante et folle,
Noyons-nous de baisers à la candeur créole
Je serai ton bourreau, tu seras ma victime
Et le crime assumé au creux de nos atolls
Restera incompris dans l’effroi unanime!
Et nous ferons rougir les vierges les plus prudes
Exhibant sur le sable une étreinte choquante
Tels des serpents hargneux, héritiers des bacchantes
Nous nous accouplerons dans les cris les plus rudes.
La friction de nos peaux claquera bruyamment;
La chair en éruption dans la forge des sens,
Arpège incandescent de la concupiscence
Brûlera nos baisers d’amants presqu’infamants.
Et lorsque tu jouiras dans l’abandon total,
Emplie d’une furie, violente, incontrôlable
J’encenserai tes seins d’un stupre inégalable
Qu’autrefois l’on trouvait aux forêts de santals.
Envies
Envies
J’ai envie, de vomir, le monde qui m’entoure
Le rythme est effréné et même le soleil
Chaque jour ne peut plus inonder son vermeil
Calmement sur la grève où règnent les vautours.
J’ai envie, de crier, la somme d’injustices
Que tant de bonnes gens subissent chaque jour
Comme pour justifier les plus beaux des atours
Portés par leurs bourreaux dont ils sont les complices.
J’ai envie, d’écraser, mille et un préjugés,
Et de tordre le coup à ces a priori
Qui mènent inconscients vers l’affreux pilori
De la place publique où l’on subit les jets !
J’ai envie, de combattre, encore et sans relâche
A l’aube, chaque jour les fausses vérités
Qui éclairent nos yeux sans trop les irriter
De peur de raviver nos actions les plus lâches.
J’ai envie, d’étouffer, tous ces casseurs de rêves
Dans leurs marais puants, flasques de boniments,
Que nous devrions voir, habile blanchiment,
En turquoise océan, promesse d’une trêve !
J’ai envie, de tomber, les masques quotidiens
Qui troublent tant de cœurs sous couvert de défense
En offrant une fable inspirée de l’enfance
Que nous jouons sur scène en piètres comédiens !
Lettre à un jeune homme
Lettre à un jeune homme
« -Vous n’avez cher jeune homme aucun des apparats
Que je recherche ainsi chez un semblable âgé,
Et le poids des années m’aura bien ravagé
Avant que votre charme, affaibli, soit ingrat.
Prenez la liberté ! Oubliez donc nos liens !
Songez aux dulcinées que vous pourriez avoir,
Aux prêtresses d’amour, jouvencelles d’un soir,
Songez à ces plaisirs qui ne sont plus les miens
Avant de vous plonger dans l’aveu d’un espoir.
Comme un fruit au soleil qui ne saurait pas mur
Appelant au secours une bouche gourmande,
N’ayez pas l’illusion en mes yeux vert amande
De pouvoir instamment quitter votre ramure :
Je ne suis pas fermière à porter l’houppelande !
Vous n’avez pas idée, de la vie, des remous,
Qui troublent un esprit et forge l’expérience !
Et je pressens déjà l’ardeur de votre essence
Encline à s’évanouir au moindre contrecoup,
Révélant au grand jour sa faible consistance;
Hâtez vous! N’ayez crainte à la lueur tombée,
D’élever votre voix aux destinées fécondes,
D’implorer en chantant la grande lune blonde
Afin que vous puissiez de l’Amour succomber
Sans déjà qu’il s’enfuit à la prime seconde…
Je laisse donc au Temps le plaisir d’élever
Votre âme juvénile aux méandres subtils,
A ces leurres sournois de la vie versatile,
Dans lesquels, sans valeurs, on s’oublie dériver
En glissant, lentement, dans la souille infertile ! »
Lire la Réponse du jeune homme
Publié sous Nuages de vie | Comment (0)La rue
La rue
Dans les rues de Paris, déambulant dans l’ombre,
Le goût de sa détresse incrusté dans ses pores,
Il souffre au quotidien des trésors de Pandore,
De tant d’espoirs rognés par des maux en surnombre.
Muré dans un mutisme où l’on ne saurait vivre,
Hors du temps il oublie sa belle et grave voix,
Il a perdu sa verve et son esprit grivoix :
L’alcool, sa seule étreinte, aujourd’hui le rend ivre.
Son ultime rempart s’érige de fierté,
Mal placée pour certains : il refuse les aides
Et cherche au tout venant pour ne pas finir raide
Une pièce, un regard, sans se faire exhorter.
Il nous est plus facile un doux soir de printemps
D’ignorer sa présence et d’avancer hardi
En profitant gaïement plutôt qu’être interdits
Face aux chemins sinueux qui nous sont irritants.
Picasso et les maîtres
Picasso et les maîtres
Un tourbillon glacial de neige envahissait
Paris toute endormie et je me préparais
A explorer joyeux un don tant incroyable
Que tout le Grand Palais inspirait mille fables.
Craquelant le manteau, pareil à des fourmis
Les amateurs grouillaient pour se rendre au fournil :
Tous ces maîtres, pétris, au milieu de la nuit
Devaient nous épargner le sommeil et l’ennui.
L’enfant de Malaga, éponge du passé,
Nous offrait savament l’art qu’il faut embrasser;
Point d’extrémisme au gant, à encenser le beau
L’ouverture est pour lui son plus ardent flambeau.
Il veut du mouvement, creuser de nouveaux puits,
Chaque jour dévorer de l’existance un fruit
Et prolixe fournir au nez du cher Matisse
Un substrat rayonnant, apparente bâtisse.
Initiant le dialogue avec Ingres, Cézanne,
Chaque déconstruction en est presqu’une manne :
Du Titien, du Greco, de Courbet ou Goya,
Il puise en eux la vie d’un verdoyant thuyas!
Sans cesse sur l’ouvrage épuiser les couleurs
Les textures, les traits : tantôt ronds tantôt droits;
Réfléchir sans relache et soudain dans l’endroit
De la toile instamment révéler la splendeur.
Fulgurance éclairée ou simple hasard du jour ?
La force du travail façonne le chemin
Et le fond du message, esquisse de demain,
Trace un regard habile où l’âme sans détour
Parle une langue unique exempte de contours.
Cher Pablo humblement, en mon coeur, je t’accueille
Et j’essaierai modeste au travert de mon art
De garder sur mes mots le meilleur de ton oeil
En cherchant chaque jour un audacieux départ.
Révolte
Révolte
D’Inaros aux Croquants, des frondes aux farines
Des ludistes anglais aux pavés printaniers
Les actes dépassaient la voix du chansonnier
Pour sanglants s’abîmer dans le coeur des poitrines.
Tombant pour des idées, sacrifiant sur l’autel
Des vives libertés le rameau d’olivier,
Ces peuples de l’action jamais ne s’en déviaient
Dessinant l’horizon de leur carmins pastels.
Dans notre monde absurde où il y faut bien vivre
Il n’est que la révolte aux couleurs d’un Sisyphe,
Cet absurde héros d’une histoire apocryphe,
Qui puisse du réel rendre nos âmes ivres.
Onde de vie
Onde de vie
C’est l’écho de ma vie qui hante mes journées
Tel un vil cauchemar qui subsiste au soleil !
De mes sombres échecs qui me portent conseil,
Je garde la douleur de mes choix incarnés…
A trop avoir aimé, à trop vouloir rêver
Un monde où le bonheur se vivrait simplement,
On inscrit son passé dans ses chairs autrement
Qu’en de fougueux baisers dont on veut s’abreuver :
Indéfectiblement remettre son ouvrage,
Apporter son soutien à cet être admirable,
Lui offrir en promesse un futur désirable
Où jamais la fureur ne sourdre de l’orage;
Il n’est de vérité exempte de rudesse
Et l’esprit est sonné lorsqu’on ne peut voir clair
Au dessous du nuage où Zeus forge l’éclair
Qui, de tout son fracas, assomme de détresse.
Art en capitale
Art en capitale
Dans l’espace aérien de la grande verrière
Retrouvons-nous autour de dessins et peintures
Partageons nos visions et prônons l’ouverture
C’est dans la capitale aujourd’hui l’art dans l’air !
Cet air frais, vivifiant, rend chaudes nos couleurs
Et rapproche chacun d’un trait d’union carmin :
Nous pouvons par nos donc tendre un millier de mains,
Égrainer de l’espoir aux hayons de chaque heure…