Picasso et les maîtres
Picasso et les maîtres
Un tourbillon glacial de neige envahissait
Paris toute endormie et je me préparais
A explorer joyeux un don tant incroyable
Que tout le Grand Palais inspirait mille fables.
Craquelant le manteau, pareil à des fourmis
Les amateurs grouillaient pour se rendre au fournil :
Tous ces maîtres, pétris, au milieu de la nuit
Devaient nous épargner le sommeil et l’ennui.
L’enfant de Malaga, éponge du passé,
Nous offrait savament l’art qu’il faut embrasser;
Point d’extrémisme au gant, à encenser le beau
L’ouverture est pour lui son plus ardent flambeau.
Il veut du mouvement, creuser de nouveaux puits,
Chaque jour dévorer de l’existance un fruit
Et prolixe fournir au nez du cher Matisse
Un substrat rayonnant, apparente bâtisse.
Initiant le dialogue avec Ingres, Cézanne,
Chaque déconstruction en est presqu’une manne :
Du Titien, du Greco, de Courbet ou Goya,
Il puise en eux la vie d’un verdoyant thuyas!
Sans cesse sur l’ouvrage épuiser les couleurs
Les textures, les traits : tantôt ronds tantôt droits;
Réfléchir sans relache et soudain dans l’endroit
De la toile instamment révéler la splendeur.
Fulgurance éclairée ou simple hasard du jour ?
La force du travail façonne le chemin
Et le fond du message, esquisse de demain,
Trace un regard habile où l’âme sans détour
Parle une langue unique exempte de contours.
Cher Pablo humblement, en mon coeur, je t’accueille
Et j’essaierai modeste au travert de mon art
De garder sur mes mots le meilleur de ton oeil
En cherchant chaque jour un audacieux départ.
Gracieux élan
Gracieux élan
Indomptable musique, en rythmant la lenteur
De ma vie endiablée tu chasses en ma portée
La ronde monotone, insatiable, emportée,
Pour une syncopée décrochée des hauteurs.
A peine démarré ; ton exténuant concert
M’emplit d’une allégresse insouciante et si douce
Se baladant en moi composant à la source
La symphonie d’amour, flamboyante et sincère
Mes mots sont un néant au regard de tes chants
Et bien heureux celui qui comprend ton langage
Et qui face à la phrase initie le partage.
C’est donc en amateur de ton art si touchant,
Que je salue bien bas ta divine prestance,
Toi qui m’éblouiras durant mon existence.