La guerrière
La guerrière
Le regard terrifiant de haine, elle avançait,
Glaciale guerrière à l’armure légère :
Sur sa peau la douceur trahissait mensongère
Les effusions de sang qui tâchaient son corset.
Arborant sans éclat son oriflamme noire
En serpentant les champs se rappelait à elle
Chaque jour le tribut de ce soir où pucelle
Un démon remporta sa plus sombre victoire.
En elle il instilla la rage d’une meute
Et sans cesse aux aguets elle attendait ses proies;
Ôtant souvent la vie sans l’once d’un effroi :
La mort était pour elle un odieux thérapeute.
Son cœur en suspension ne connaissant l’été,
Logé dans une abysse effrayante et profonde,
En subissant les coups d’une vie vagabonde
Gardait le goût amer de bonheurs mutilés.
Lassée par tant d’horreurs, terrifiée par son ombre,
Un matin d’hiver froid où le vent la cinglait
Son esprit décida, ainsi, de s’étrangler
D’une corde de fer dans une auberge sombre…
Impossible de fuir les spectres du passé,
Ils étaient contraignants comme la faim du jour
Et la faucheuse avait pour elle tant d’amour
Qu’elle voulu séant la faire trépasser !
Au-delà
Au-delà…
Aux abords de la ville un vieillard croupissait.
Alors que dans le froid son cœur s’assoupissait,
Un passant qui le vit lui proposa de l’aide.
Mais trop tard, car son corps, de glace était tout raide…
Les yeux de cet ancêtre étaient d’un bleu glacial
Et l’homme qui debout observait ce corps blanc
D’une larme arrosa le lit qu’était son banc :
Pour toujours il quittait le Monde où tout fit mal…
Ce sage en son repos commençait un voyage
Que nul autre en sa chair n’aurait pu supposer…
La lumière embaumait ses peaux décomposées
Pour ainsi le guider vers un autre rivage.
Au gré du vent céleste il redevint jeune homme,
Retrouvant au hasard des magies sidérales
Les femmes qui jadis aux forêts domaniales
Offraient à ses baisers les douceurs de leurs formes
Il avait oublié sa profonde misère,
Des actes humiliants son âme était lavée
Et jamais, plus jamais, il n’irait à la guerre :
La paix serait en lui comme il l’avait rêvée !
Serein, contemplatif, il jugeait du décor :
Ses yeux sur les beautés de leur bleu murmuraient
Qu’aux portes de l’Eden le silence est trésor
Pour qui sait être heureux du futur qu’il n’avait.
Des anges et des Saints l’accueillaient cœurs ouverts
Et son esprit soudain, de joies fut envahit,
Laissant ses sentiments jouer à découverts
Et rencontrer enfin le Divin, ébahis.
Aux abords de la ville un vieillard sommeillait
Alors que dans le froid son cœur s’ensoleillait.
Un passant qui le vit comprit tout son bonheur
Et jamais il n’aurait de la mort quelque peur.