Noël
Noël
Les archers, dans la nuit, font valser langoureux
Vos esprits en mon cœur et je vois au dehors
Des paillettes glacées parées de reflets d’or
Voltiger dans les airs en ballets vigoureux.
Je ferme alors les yeux et Chopin au piano
Elégant fantaisiste illumine les lieux
M’offrant votre chaleur et l’on ne pourrait mieux
Sentir votre présence au bout de ces canaux
Qu’il ouvre dans mon âme en accords harmonieux.
En ronde nous dansons sur un lac enneigé,
Les cygnes dans leur grâce accueillent notre fête
Et posent, distingués, de grands loups sur nos têtes ;
Leur souffle nous indique au loin la mer Egée :
Pourrions-nous voyager jusqu’aux trésors de Crête ?
Ou bien tout simplement à l’abri des dangers
Rire et puis partager dans nos grandes assiettes
Tous les succulents mets dont on ne laisse miette ?
La lune n’oserait pour rien nous déranger !
Jouissons du feu ardent qui consume nos chairs
En ce jour de Noël hors du temps citadin :
La ferveur des pensées, celle des paladins,
Anime notre joie de mille et un éclairs !
Vous m’accompagnez tous, pareils aux astres clairs
Et je sens votre Amour, aussi doux que le daim,
Répandre puissamment ses bienfaits dans mon air.
Envies
Envies
J’ai envie, de vomir, le monde qui m’entoure
Le rythme est effréné et même le soleil
Chaque jour ne peut plus inonder son vermeil
Calmement sur la grève où règnent les vautours.
J’ai envie, de crier, la somme d’injustices
Que tant de bonnes gens subissent chaque jour
Comme pour justifier les plus beaux des atours
Portés par leurs bourreaux dont ils sont les complices.
J’ai envie, d’écraser, mille et un préjugés,
Et de tordre le coup à ces a priori
Qui mènent inconscients vers l’affreux pilori
De la place publique où l’on subit les jets !
J’ai envie, de combattre, encore et sans relâche
A l’aube, chaque jour les fausses vérités
Qui éclairent nos yeux sans trop les irriter
De peur de raviver nos actions les plus lâches.
J’ai envie, d’étouffer, tous ces casseurs de rêves
Dans leurs marais puants, flasques de boniments,
Que nous devrions voir, habile blanchiment,
En turquoise océan, promesse d’une trêve !
J’ai envie, de tomber, les masques quotidiens
Qui troublent tant de cœurs sous couvert de défense
En offrant une fable inspirée de l’enfance
Que nous jouons sur scène en piètres comédiens !
Et…
Et…
Tel un phare embrumé mes idées sont confuses !
Pourquoi faut-il lutter pour vivre en ce bas monde,
La vie n’est pas donnée aussi frêle qu’une onde ?
Je suis désarçonné, las de toutes ces ruses,
Il faudrait balayer ces préceptes immondes.
Liberté, liberté, ce mot résonne tant,
Mais personne ne prend le temps de l’écouter !
Je veux partir ici ! On me répond : « Attends… »
Je veux pouvoir Aimer… « Ca pourrait te coûter… »
Répètent les gens « bien » si pressées dans leur temps.
La musique est connue de tous les mélomanes :
« Attention » vous dira ce si grand chef d’orchestre
« Ne jouez pas trop fort, il faut me suivre au mètre,
Méfiez vous ! La note est belle, courtisane
Et pourtant bien trop fausse aux atouts des sons traîtres… »
Mélodie, mélodie, oserais-tu mentir ?
Moi qui t’aime si douce au creux de mes oreilles,
Apaises mes tourments et rends moi la pareille !
Tiens donc, tu balbuties ? Je ne peux pas bâtir
Un foyer simplement avant que tu sommeilles ?
Je te vois distendue et ton spectre te hante,
Seraient-ce les signaux de ta chute prochaine ?
Non, tu es trop aigrie en tes sphères hautaines
Stridente de passé, dans ton cœur rien ne chante :
Oublierais-tu l’amour des passions qui déchaînent ?
Des questions, des questions ! Mais nous tournons en rond !
Je veux être affranchi et tes notes m’accablent
Cesse enfin de m’induire en erreur pour de bon !
Tu n’es plus la maîtresse et moi le misérable,
Je peux finalement me passer de tes sons…
Silence…silence…entendez le silence…
Je vois le bateau ivre implacable fragrance
Qui le long de ses cours paraît victorieux,
Silence…Illusion…délicieuse cadence…
Je suis le prisonnier de mots impérieux…
Nuit magique…
Nuit magique…
Les rêves sont étroits en leurs vastes contrées :
Le magicien celui qui peut les rencontrer,
Effleure de ses yeux l’intrigant irréel
Et avance inconscient pas à pas dans le ciel…
Un chariot de lumière invite à la balade
L’enfant émerveillé : insouciant face au vent
Il file vers l’étoile et l’astre dérivant
Au sourire doré lui joue la sérénade…
Chavirant, emporté par la douce musique
Il vogue en spectateur de son songe lyrique
Et comme un apprenti de magies ancestrales
Il découvre ébahi la beauté sidérale…
Les cieux si mystifiés ne sont alors pour lui
Qu’une scène ébauchée par les dieux en personne
Et la voix de Morphée en son doux cœur résonne
Tel une âme perdue qui exulte et séduit…
Célébrité
Célébrité
Une heure, une minute, une seconde : enfin !
Le rideau se soulève et je deviens acteur ;
Finis les battements qui affolaient mon cœur,
Devant les projecteurs j’accomplis mon dessein.
Jeu de jambe précis, verbe mélodieux,
Je fais vivre le texte et mes lèvres s’enflamment
Au génie de Racine auquel je tends mon âme :
Peut-être attirerai-je un jour le vent des Dieux ?
Si justement ce vent, divin, libérateur
Soufflait sur mon plancher pour ravir le public
Alors célèbre enfin d’Asie en Amérique
Je serais applaudi pour mes talents d’acteur.
Cependant de théâtre il n’y a que ma chambre,
Le texte n’est qu’un livre étendu sur mon lit,
Je scrute quatre murs sur lesquels en folie,
Mon public accroché, des cieux me fait des cendres.