Psyché
Psyché
A Anne
Lorsque je suis venu de Corneille et Molière
Ouïr avec ferveur les fins vers de Psyché
Je ne m’attendais pas – je ne puis m’en cacher –
A découvrir un jeu dont je ne puis m’abstraire.
En ta bouche le verbe avait mille horizons :
Les tourments que Vénus imposaient à ton être
D’Arcadie à Paris arrivaient à renaitre,
Plus intenses, plus forts qu’une simple vision !
Corps et âmes mêlées, avec Amour sur scène,
Ta grâce et ta beauté renforçaient cette union
Lorsqu’alanguie, mourante, en pleine communion
A nouveau le bonheur jaillissait en fontaine !
Je dois porter ta gloire aux membres de ta troupe
Et te remercier d’être esprit de la pièce
Car plus encore ce soir qu’éclairer mon faciès
Tu parlais à mon cœur comme Eole à la poupe.
Gracieux élan
Gracieux élan
Indomptable musique, en rythmant la lenteur
De ma vie endiablée tu chasses en ma portée
La ronde monotone, insatiable, emportée,
Pour une syncopée décrochée des hauteurs.
A peine démarré ; ton exténuant concert
M’emplit d’une allégresse insouciante et si douce
Se baladant en moi composant à la source
La symphonie d’amour, flamboyante et sincère
Mes mots sont un néant au regard de tes chants
Et bien heureux celui qui comprend ton langage
Et qui face à la phrase initie le partage.
C’est donc en amateur de ton art si touchant,
Que je salue bien bas ta divine prestance,
Toi qui m’éblouiras durant mon existence.
Chemin de vie
Chemin de vie
Je suis au carrefour de ma si courte vie :
Au loin dans le grand froid mon Amour pense à moi,
Pendant qu’ici je songe à son cœur en émoi,
Enivré par son corps : ah ! La douce eau-de-vie !
Demain est un grand jour où je vais travailler
Pour la première fois et découvrir enfin
Ce fardeau déclencheur de grands conflits carmin
Où l’argent, le pouvoir poussent à batailler.
D’un côté cet Amour, de l’autre ce travail
Dressent à l’horizon d’édifiants défis :
Aussi devrais-je autour de confiants amis
Apprendre à manœuvrer l’imposant gouvernail.
Impair
Impair
Souviens-toi de ces jours où seul à la barrière
Enfant, empli d’espoir, j’attendais vainement
Que tu viennes enfin à mes piétinements
Mettre un terme final sans me laisser derrière.
Longtemps j’ai attendu quelque signe d’un père
Qui me disait m’aimer : une carte, une lettre
Un seul signe de vie, pouvait me faire admettre
Un silence pesant à la saveur amère.
Que dire du passif qu’en cadeau tu avais
Nonchalamment laissé à ma mère et à moi :
Avais-tu quelque idée de ces tristes émois
Que tu provoquerais le soir à mon chevet ?
Ces années sans voiture à battre le pavé,
Ces années sans argent sans cesse à se restreindre
Dans mon cœur ont finies, peu à peu par atteindre
Un spectre paternel aux couleurs délavées.
Chaque jour un peu plus telle une sentinelle
Perdue sur les hauteurs de mon adolescence
J’apprenais des noirceurs de ta cruelle absence
A exhaler de l’âme une once d’étincelle.
Puis le feu a jailli dévastant ton image
Et j’ai creusé ta tombe aux lies de mes angoisses :
« Mon père a disparu, j’érige ma paroisse
Avec un chœur robuste, enfant de mon ramage! »
J’allais de ta faiblesse instruire mes vertus
Et les alimenter de ma curiosité,
J’allais enfin pouvoir, de mon fort visiter
La haute-tour perchée jusqu’alors méconnue :
Ainsi je découvris l’étendue des possibles,
Dans mes veines grouillait un vif désir d’apprendre,
Mon âme retrouvait, telle une salamandre,
Des émotions perdues, encore inaccessibles.
Guidé par ma famille ainsi que mes amis
Je me suis répété avec accoutumance :
« Ce qui ne te tue pas renforce ta puissance
Et change pour toujours ton intime alchimie. »
J’arpentais les musées pour m’enrichir des arts,
J’aiguisais mon oreille aux musiques du monde,
Avide de savoirs, de réflexions profondes
Je voulus devenir un homme bien à part.
Mais ta trace était là : je m’épris d’une femme
Et ne pu m’empêcher de briser mon foyer :
Malgré tout notre amour je me suis dévoyé
Empruntant de tes traits les pires que je blâme.
Voilà que quelques mois après cet épisode,
Tu resurgis soudain de quinze années d’oubli.
Dans un style mielleux, le devoir accompli,
J’apprends que j’ai un frère. Outrageante méthode !
Pas une repentance ou même un mot d’excuse !
Pas une explication pour m’avoir délaissé !
Pas une allusion à mon être blessé !
Répondras-tu un jour à ces questions qui fusent :
Pourquoi être parti lorsque j’étais enfant ?
Pourquoi ne m’avoir pas laissé de tes nouvelles ?
As-tu un seul instant songé à ton modèle,
Héritage fumeux aux relents étouffants ?
Se rencontrer
Se rencontrer
J’aimerais avec toi partager ma journée,
Retrouver ta gaieté, à nouveau entrouvrir
Le bonheur d’employer notre temps à flâner,
Et voir au déjeuner nos esprits se nourrir;
Marcher, s’enorgueillir des beautés de Paris,
Sentir vivre la ville et ses mille tableaux,
Découvrir éblouis une haie de tamaris
Et s’asseoir alanguis à l’ombre d’un bouleau;
Au détour d’une place arpenter des ruelles,
Lécher quelque vitrine à l’allure élégante,
Croquer avec nos yeux toute beauté ponctuelle
Et pourquoi pas céder à la folie flagrante;
Décider de goûter à une exposition
De sublimer notre être à travers l’œuvre d’art,
De décrypter le sens d’une composition :
Savoir réassembler les indices épars.
Puis joyeux, fatigués d’étreindre le pavé,
Alertés par l’odeur d’une échoppe gourmande
Nous pourrions bienheureux de les avoir rêvées,
Apprécier les douceurs dont tu es tant friande.
De nos vies
De nos vies
Durant ces six années, je t’ai porté aux nues
De mon cœur tu étais la gardienne sacrée
Nos moments partagés aux doux reflets nacrés
De bonheurs nourrissaient ma vie en continue.
D’abord je t’ai connue, femme forte et fragile
A la fois, sur ta peau, la fleur de ton passé
Déposait son vertige et tu te surpassais
Au fil de nos saisons modelant notre argile.
La Nature en ton sein t’offrit ses mille charmes :
Un éclair de génie éclaira ton esprit
La Beauté sans pudeur t’ouvrit ses draperies
Et de la Volonté tu recueillis ses armes.
Nos vies se confondant nous vivions harmonieux,
Apprenions à aimer pour notre vraie nature
Déposant nos envies sur notre conjecture
Nous construisions ensemble un avenir radieux.
Cent fois nous avons dit la force de nos liens,
Cent fois le ventre noué nous pensions à l’autre,
Vibrant pour une étreinte à vouloir la vie notre
Nos cœurs ne voulaient croire aux affres cartésiens.
Nos proches nous disaient former un beau duo,
La famille appréciait être à notre contact :
Nos joies avaient alors à leurs yeux un impact
Et nous resplendissions aux sons de leurs échos.
Accroître nos savoirs, toucher la connaissance,
Abreuver nos esprits de lectures savantes
Elever nos milieux aux personnes brillantes :
Nous formions par l’esprit une éclatante alliance !
Aux portes de nos vies la faute est survenue :
Cette faute sournoise inscrite dans ma chair,
Qui m’a fait perdre alors l’être qui m’était cher
Je la regrette encore : quel acte saugrenu !
Parfois la mécanique échappe à tout humain
Et la complexité des forces en présence
Assombrie l’énergie, jusqu’à même l’Essence
Où un acte mauvais s’y nourrit assassin.
Se perdre et puis renaître avec plus de panache
Tel un Phoenix ardent rejaillir des eaux troubles,
Laver toute blessure et les soigner en double
Pour raviver enfin les couleurs des attaches,
Il faut savoir déjouer les pièges de la vie,
Dépasser la souffrance immense qui nous ronge
Réapprendre sans doute à plonger dans un songe
Où le plus beau alors est de donner envie.
Equinoxe
Équinoxe
Un parfum doux amer aux allures d’Automne,
Une note piquée résonnant d’un doux ton,
Une femme si seule accompagnée d’un rond,
Une vie égayée dans ses jours monotones…
Le mélange astucieux d’un nez fort dépourvu,
La mélodie géniale errant dans l’agonie,
Le souffle harmonieux d’une mère qui nie,
L’espoir d’être immortel, l’avenir déjà vu…
Tous ces mots incertains, ces desseins si précis,
Tout le grand paradoxe empli dans un seul verre,
Toute la modestie que possède un revers :
En moi me laisseront un goût des plus exquis…
Légende d’un tournoi
Légende d’un tournoi
La nuit était profonde, endormie de silence ;
Désertées par la foule, engourdies par le froid,
Les rues dans un mutisme affichaient leur effroi
Et le ciel les couvrait de son manteau immense.
A Paris, Jean-François, un homme de bon cœur
Posa ses yeux d’enfant sur ce toit menaçant :
Il observait rêveur le rideau noir cassant
Imaginant voler de splendides lueurs.
Soudain près de la lune on vit danser les dames :
Leurs corps étaient brûlants comme au moins mille étoiles
Et des rires charmants s’évadaient de leurs voiles,
Saluant galamment Jean-François pour son âme.
C’est dans la voie lactée, aux pays des chimères
Que ces dames et cet homme apprirent à jouer
Au jeu de l’amitié sur un air enjoué
Pour enfin oublier la sombre nuit amère…
Union
Union
C’est le souffle coupé par l’homme impérieux
Que la femme charmante empreint d’odeurs suaves
Rompt son corps plantureux sous un désir de lave
Où le charme en patron s’impose glorieux.
Puissante elle rugit la transe qui l’enivre,
En féline aguerrie contorsionne ses formes
Oubliant un instant son cachot fait de normes
Dans lequel la journée se passe sans se vivre.
La caresse charnelle en rythmes frénétiques
Taquine l’interdit, les plateaux de jouissance,
Imaginés un soir lors de chaudes vacances
Le long de la jetée aux reflets féeriques.
Aurions nous pu prévoir les plaisirs de Sodome
Sans Gomorrhe à la barre au devant du navire
Où la plus sage femme, élégante, soupire
Pour donner la justesse à ce qu’enfin nous sommes ?
Je dis donc : homme ou femme aimons nous de cinq sens
Baisons nos joues, nos mains et le corps tout entier
Sans irrespect, aucun, n’inspirons pas pitié
A ces illuminés qui prônent la décence !
Salé Sucré
Salé Sucré
Nantes la superbe était un doux refuge
Et la France en son sein m’a logé bienveillante,
Belle alcôve onirique où, glisser sur la pente
Ne vous mène séant à la robe d’un juge.
J’ai gardé de la ville un souvenir diffus
Pour n’avoir découvert tous ses charmes secrets.
Peut être aurais-je du me rendre moins discret,
M’émerveiller de tout, sans cesse être à l’affût ?
Le temps était pour moi un étrange diner.
Oui ! J’ai eu cet honneur : parler avec un Ange…
Et il m’a confessé lors de nos discussions
Que d’Amour pour mon être il en était question.
Mon âme a voyagé bien au-delà du Gange.
Les secondes pour moi avaient un goût sucré.
Oui ! J’ai eu ce malheur : entendre de la voix
De celle que j’aimais la fin de notre histoire :
Se rendre à l’évidence, éteindre tout espoir
Etait alors pour moi la meilleure des voies.
L’addition de six ans avait un goût salé.
Voltaire avait son art pour clamer la nuance
Je veux en son honneur la raviver encore
Et pour cela montrer comment varie l’accord
Des mets du quotidien qui nourrissent la panse.
Un jour tantôt sucrés un autre plus salés
Ils peuvent en un instant étonner vos papilles:
Déployer la douceur de la fleur de vanille
Aussi bien que l’aigreur d’un pistil d’azalée.
La vie est un diner qu’il faut réinventer